Depuis 1992, Denis
Rouvre tire le portrait de ceux qui s'affichent, le temps d'une actualité. Des
stars d'un moment ou des mythes vivants. Des modèles aux images multiples,
inventées au gré de leur production cinématographique. Pour chacune de ces
rencontres éphémères, il renouvelle le pari d'oublier et de faire oublier le
personnage qui leur colle à la peau.
En quelques minutes, il engage avec son modèle un jeu, souvent un combat,
parfois même un conflit. Avec un objectif : dépouiller la star de ses attributs
et l'inviter à faire une autre proposition d'elle-même. « Le naturel n'existe
pas. Je ne photographie qu'une réalité des gens, un moment qui leur échappe et
n'appartiendra qu'à moi. Je dois rendre mon modèle curieux d'une image que je
pourrais donner de lui », explique-t-il.
Dans l'univers formel d'un décor épuré, rien ne peut exister que ce que lui
donnera son modèle. Quitte à le séduire et le bousculer à la fois jusqu'à ce
qu'il se risque sur des chemins inconnus. Dans ce corps à corps de quelques
instants, sans garde-fous, il traque l'accident, la surprise, l'anachronisme
d'un acteur ou d'un réalisateur. Pour prendre à la volée un instant fugace de
perte de contrôle, où la personne célèbre produira un geste d'inconnu, une
expression insoupçonnée, un regard singulier. La fraction de seconde inattendue
qui fera la photo.
Les portraits de Denis Rouvre ne racontent rien, mais saisissent le détail
sensible d'un geste spontané, une étrangeté soudaine, une émotion brève.
Cécile Cazenave