En 2003, elle part seule pour un week end à
Marseille avec son appareil photo. C'est là dans l'ambiance désuette d'un hotel
que nait l'envie de se mettre en scène face à l'objectif, avec le désir de
séduire par ses clichés son petit ami resté a Paris. L'espace clos de sa
chambre d'hotel devient le théâtre de ses fantasmes, où elle s'offre aux
regards tel un objet sensuel.
L'expérience l'enthousiasme. Désormais, elle va se servir de la photographie
pour planter ses histoires, et libérer son univers intimiste liant douceur,
étrangeté et sensualité. De son premier métier, elle garde un sens certain des
couleurs et de la lumière, et une disposition naturelle à construire des
espaces imaginaires, synthétiques. Contraint ou libéré, le corps s'approprie un
lieu. Il articule, recompose l'espace autour de soi en travestissant les
objets, s'en habillant, s'en défaisant. Le matelas devient manteau,
le collant une cagoule, les coussins une armure...
Accessoires et
vêtements s'appliquent à camper le personnage du drame qui se joue, une robe de
petite fille trop ajustée, un sexe d'homme en tricot, des cornes de cerf...
Comme sur une scène de théâtre, tout ce qui se donne à voir contribue à la
construction d'un univers artificiel prédéfini, où la lumiere s'implique comme
un acteur.
Depuis 2004, ce travail se prolonge par la réalisation d'affiches pour l'Opéra
National du Rhin au sein du collectif Hartland Villa. Grâce à cette
collaboration, ses autoportraits ont passé le relais aux portraits.
Mes images naissent intuitivement, comme des rêves éveillés, au hasard des
lieux, par des associations d'idées, le détournement d'objets, comme on joue en
poésie avec les mots, pour toujours mettre en scène le corps dans une histoire
fantasmée. Mon corps par exemple.
Mon corps, à défaut d'un autre.
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