l'aube des années 90, Seb fréquente chez Duran (une société
de post-production) la crème des futurs princes de l'image : Pitov, Sednaoui,
Gondry... Ensemble, tels des artisans libertaires, ils passent leurs nuits à
comparer leurs travaux et à s'étriper en délit de d'inventivité pour imposer
les vues novatrices de cette génération riche en nouveaux talents qui prendra
les commandes de la décennie suivante, reléguant les années 80 à un mauvais
souvenir. Stimulé par la pigmentation de ce collectif qui déborde d'énergie et
de créativité, et maître de plus en plus adroit de la palette technologique
mise à sa disposition, Seb prépare un film de science-fiction. Le film ne se
fera cependant jamais. Tant mieux pour lui, car au même moment et comme Mondino
avant lui, ses activités de graphiste l'incitent à s'intéresser à la
photographie. Il met au point tout seul une technique baptisée « mattpainting »
qui lui permet d'incruster une ou plusieurs photos dans une autre photo, pour
parvenir à des images homogènes mais saisissantes de réalisme, au point de
devenir hyper-réelles... Une expérience qui sera déterminante pour la suite de sa
carrière. Car si graphiste il est, en 90, photographe il devient.
Le mattpainting l'incite à partir faire le tour du monde pendant plusieurs mois
pour emmagasiner un maximum de photos qui lui serviront à créer ses futures
images. A son retour, il prépare un travail colossal d'images qu'il regroupe
pour l'exposition « Paris, 2044 à nos jours ». Organisée dans un building
désaffecté, il en tire ses premières coupures de presse, et ses premiers titres
de gloire. L'expo devient itinérante et le conduit de Berlin à Hong-Kong,
instaurant par la même occasion sa réputation de photographe. Nous sommes en
1991, année charnière, puisque c'est alors qu'il décroche sa première pochette
de disque : celle de Nina Hagen, et à la demande de l'artiste en personne ! Les
prémices d'une longue série qui ne s'est plus arrêtée depuis.
Parallèlement, il s'intéresse aux portraits, à la photo de mode, et se voit
courtisé par les magazines les plus prestigieux. The Face, Harper's Bazaar,
Vogue, Detour, Details, Glamour... Tous sont demandeurs, comme Daft Punk qui,
cette année, lui demandent d'orchestrer les photos couvrant la sortie de leur
deuxième album. Une série qui a fait environ 25 fois le tour de la planète.
Seb Janiak est donc photographe, aux talents internationalement reconnus, c'est
entendu. Mais lui ne l'entend pas de cette façon, du moins pas complètement.
T. Erber.