D'origine
Irlandaise, Tom Wood a fait de Liverpool, sa ville d'adoption, le cadre de ses
interrogations photographiques. Pendant vingt ans, cette ville fut l'objet, le
sujet et le prétexte d'une pratique photographique où se télescopent
expériences de vie, recherches visuelles et démarche documentaire.
À l'opposé d'une certaine photographie contemporaine qui nous représente
l'univers urbain vidé de ses habitants, il retrouve les accents de la «street
photography» pour rendre compte de l'état psychique d'une ville marquée par les
derniers chambardements économiques et sociaux de la révolution
post-industrielle.
Ainsi, rien de sensationnel, de
fantastique ou d'extraordinaire dans le travail de ce photographe mais des
images saisies au raz du quotidien, traces de moments furtifs plus que
décisifs, et qui en alternant noir et blanc et couleur nous dresse un portrait
d'une ville habitée : Liverpool. Il photographie les classes populaires dans
les bars, les bus, les restaurants, dans les rues de ces quartiers
périphériques de la ville, là où les maisons détruites ne sont plus
reconstruites et où les terrains vagues marquent le paysage urbain. Avec
tendresse, il capte ces regards parfois hagards, perdus dans le stress du
quotidien mais le plus souvent complices, face à l'objectif de celui qui ne les
photographie pas comme des spécimens mais partage leur univers et leur vie.
Mais ce qui frappe, c'est la manière dont Tom Wood s'affranchit des contraintes
d'un style linéaire. Inventant une esthétique du temps faible, il trouve le
sien dans la liberté de son regard et le revendique dans une profusion de
propositions visuelles. Images posées comme images saisies au vol, citations
comme formidables inspirations, hésitation comme virtuosité, standards
retrouvés comme fulgurantes trouvailles, composent un langage qui développe un
rythme propre entre émotion plastique et témoignage social.
Jean-Marc Lacabe via www.galeriechateaudeau.org
© Tom Wood
© Tom Wood
© Tom Wood
© Tom Wood